Lever les freins à la santé bucco-dentaire
 

Clinic n° 01 du 01/01/2011

 

PERSONNES HANDICAPÉES

ACTUALITÉ

La forfaitisation de la prévention, la formation des chirurgiens-dentistes et du personnel « aidant », une extension du programme M’T dents… Patrick Hescot, président de l’UFSBD, et Alain Moutarde, secrétaire national de l’Ordre, proposent des solutions destinées à améliorer l’accès aux soins de santé bucco-dentaires des personnes en situation de handicap dans un rapport remis à Nadine Morano (voir p. 10 et 11).

Aujourd’hui, un demi-million de personnes en France n’a pas suffisamment accès à la santé bucco-dentaire, voire pas du tout à cause de son handicap. Tous les témoignages recueillis au cours d’une trentaine d’entretiens réalisés pour élaborer le rapport demandé et remis le 10 novembre à Nadine Morano, alors secrétaire d’État chargée de la Famille et de la Solidarité, évoquent l’état de santé bucco-dentaire « catastrophique » des personnes handicapées et s’accordent à dire qu’il s’agit d’un enjeu majeur de santé publique.

Le document de 60 pages écarte d’emblée le cas des personnes âgées ainsi que les questions liées au bâti qui font déjà l’objet de réglementations. Les auteurs concentrent leur étude sur les adultes et les enfants et proposent de mettre en œuvre six expérimentations. L’organisation proposée est centrée sur la prévention et l’éducation à la santé afin de limiter, voire éviter, les actes techniques lourds qui constituent trop souvent aujourd’hui le seul recours. Une offre de soins graduée telle que celle déjà expérimentée dans des réseaux de soins serait mise en place en fonction de la nature du handicap et des besoins en soins. Les cabinets de ville seraient prioritaires avant d’accéder à des structures adaptées aux techniques de sédation et, en dernier recours, à des plateaux techniques de type hospitalier pour les anesthésies générales. Cette démarche suppose de sensibiliser et de former la personne handicapée et le personnel aidant pour qu’ils prennent conscience des conséquences dramatiques d’une mauvaise santé bucco-dentaire. Les rapporteurs demandent aussi une extension aux instituts médico-éducatifs (IME) du dispositif renforcé d’incitation à M’T dents.

Autre point essentiel du rapport : favoriser la rencontre entre le chirurgien-dentiste et le patient handicapé pour, d’un côté, démys­tifier le handicap et, de l’autre, « apprivoiser » le patient. L’approche du patient handicapé pourrait être systématisée lors de la for­mation initiale. Des modules de formation continue ou encore des sites consacrés à cet aspect (www.sante-orale-et-autonomie.fr) existent déjà. Finalement, c’est aux pouvoirs politiques de « donner l’impulsion qui permettra de géné­raliser l’enseignement des soins spécifiques ». Le rapport demande que la formation à l’utilisation du MEOPA (mélange équimolaire d’oxygène et de protoxyde d’azote) soit une priorité des cinq prochaines années.

Vers un « forfait annuel de prévention » ?

Pour la mission, il y a consensus sur la nécessité d’une reconnaissance financière des actes de soins spécifiques pour les personnes handicapées, en particulier à cause du temps plus important qui leur est consacré. Il revient aux partenaires conventionnels, dans le cadre des prochaines négociations tarifaires sur la nomenclature, en 2011, de négocier une augmentation de tarif. Mais la mission imagine aussi la mise en place d’un contrat de bonne pratique comme pour les médecins exerçant en zone rurale. Ici, il concernerait les chirurgiens-dentistes qui réservent une demi-journée par semaine à l’accueil des personnes handicapées. La mission propose enfin un « forfait annuel de prévention » pour les jeunes handicapés, qui viendrait se substituer au paiement à l’acte.